Je gerbe sur tous vos principes, je crache sur vos marques, et je pleure sur vos préjugés. Tout ce que vous pensez du noir et de nos vies, vous êtes vraiment trop cons, vous n'avez absolument rien compris à notre culture, à notre façon de penser, à nos fascinations et à nos grandes philosophies. Vous pensez nous contrôler et nous diriger, mais au fond c'est l'inverse... si on fugue, si on ne vous aime pas ou même si on meurs, c'est vous qui souffrez le plus ! Si vous pensez qu'on croit encore au Père-Noël, détrompez-vous, nous on a ouvert les yeux depuis longtemps. On a compris avant vous que notre vie serait de la merde si on suivait le rang, on a hurlé nos slogans et balancé les lacrymo plus jeunes que vous, on a combattu le gouvernement avec plus de rage et de volonté que vous... On a produits nos propres fringues, notre propre musique, nos propres armes ! On a pas de grande Histoire, on a juste des vies compliquées qui ont produits leurs grands moments dans des endroits sales, en pleine rue ou sous les vestiges de la Seconde Guerre. Le jour, dans la noirceur de notre ville, on se retrouve pour détendre un peu nos esprits en buvant quelques bières dans un relan de mélancolie. La nuit, dans nos chambres, on se surprend parfois à rêver, s'évader en espérant de meilleurs lendemains...
On a tous nos défauts, le notre c'est peut-être de voir la vie telle qu'elle est, d'êtres réalistes, de trouver que l'illusion d'un rêve est impossible dans ce bas-monde ! On se moque des gens qui vivent bien et qui mènent une existence paisible, parce qu'on se dit que le jour ou ils s'apercevront de ce que ce monde est vraiment, ils tomberont de haut, mais on leur fout la paix : c'est leurs vies à eux, pas les nôtres... Peut-être qu'un jour nous aussi on aspirera à une vie meilleure, plus calme, peut-être qu'un jour nous aussi on voudra vivre simplement, loin des grands discours et des grandes questions d'avenir. Mais pour l'instant on veut se construire un avenir meilleur que celui que l'on nous prévoit, on veut plus qu'un sandwich et un film de cul pour se vider les couilles quand on aura 40 ans, on veut mieux qu'un fauteuil roulant et un bol de soupe tous les soirs pour crever seul, dans l'oubli à 80 ans après avoir bossé jusqu'à 70 ans pour avoir 100¤ de retraite.
Bref on ne restera pas des moutons toute notre vie, pour une société qui n'en a rien à foutre et pour un président de 1,12m (les bras levés, debout sur un tabouret) et qui pète plus haut que son cul...
Comme on dit : les règles sont créées pour ne pas être respectées. Dans la rue, vous croyez qu'on est comme tout le monde, on essaye, c'est vrai mais c'est impossible ! Regardez la vérité en face : les vieux ont peur de nous, les flics nous prennent pour des toxicos, des dealeurs, des gros camés... Pourquoi ? Parce que notre société est encore une société "Cro-Magnon" basée sur l'apparence. Mais merde ! Vous croyez vraiment que nos vies seront belles, que nos vies seront banales ? On est les enfants oubliés de l'Histoire, on est le mouton noir du troupeau, notre vie sera toujours telle qu'elle est : dure, cataloguée et par dessus tout blindée de préjugés. On se démerde très bien tout seuls et ça bien avant de quitter le foyer. Et puis bien-sûr, la vie active nous attends -Ah ah ah !- mais pour notre génération ce sera : "Chacun pour soi et Dieu pour tous !".
On nous fait tellement de fausses belles promesses que même les plus naïfs d'entre nous ne les écoutent plus. Collège - Lycée - Chômage - Rue - Faim - Mort - Oubli... pour la plupart d'entre nous, cette voie est déjà toute tracée, même si c'est bien triste et qu'on fait tout pour s'en sortir, c'est un chemin obligatoire sur la route de la vie !
On est comme tous les gens de notre age, on se tape des fantasmes minables sur nos profs, on se chauffe, on se brule pour rien, on dissimule nos peines derrière de grands sourires -mais les yeux sont le reflet de l'âme- on écoute des mecs gueuler F.U.C.K. dans des micros qui nous renvoient un son saturé en Stéréo. On fait ce qu'on veut de nos espoirs...
"Et puis si l'espoir fait vivre... je mourrais jeune !"
On s'éclate la gueule à grands coups de concepts bidons dans des real-TV show minables qui nous rendent cyber-dépendants, on devient des no-life, des no-future, ou autre catégorie de jeunes en orbite autour de la planète société.
On veut des sensations fortes, toujours plus, encore moins, on s'habitue, on devient fluos ou comateux. Après chaque week-end, on dort en cours parce que ces deux jours étaient trop hard et puis on se dit : "Vivement le week-end prochain...". La première fois ça fait mal comme toujours et quelque soit l'expérience !
Ces mots du désespoir et de la révolte ne sont pas un appel au secours, ni une façon de paraitre, mais une façon de penser : la mienne, la notre...
Ainsi se termine mon histoire sur nos futures destinées, peut-être qu'un jour tous ces maux dans nos têtes seront terminés, mais pour le moment, je pense que ça ne fait que commencer, et ça part pour longtemps... On continuera à conter nos histoires, on continuera à porter des fringues éclatées, on continuera à manifester, on continuera à s'exprimer librement en repoussant le joug de nos pères, on continuera à parler de Sarko en se disant que plus de 53% des votes étaient inconscients, on continuera...
"L'utopie ne représente pas l'irréalisé, mais l'irréalisable..."